Chronique publiée le 04 2008
Par Emmanuel Truchet
S’il y a un groupe dont je peux dire du bien sans me forcer, c’est bien Raoul Petite, car c’est tout simplement, pour moi qui les ai vus sur scène au moins 15 fois en 20 ans, le meilleur groupe français ! Si on a tendance à vouloir toujours classer tout ce qu’on voit et entend dans une case ou une catégorie (l’analogie est le mécanisme perceptif le plus couramment utilisé par notre cerveau), cette démarche est vouée à l’échec avec ce groupe ; de là vient son identité inimitable, mais c’est aussi l’imparfaite mécanique cérébrale précitée qui l’empêche d’être plus universellement reconnu. Ce qui fait la force de Raoul Petite depuis 30 ans et celle de son emblématique chanteur Carton (enfin un vieux qui déchire !), c’est cette capacité à toujours se fondre dans tous les styles musicaux que le groupe utilise. Si la couleur évolue avec le vent des tendances (rock au départ, puis funk et coloré, et aujourd’hui plus trash), l’identité du groupe qui peut s’accommoder de tout univers musical ressort toujours plus forte. Des textes surréalistes, des musiciens énergiques, happés par l’univers créatif du groupe et des prestations scéniques sans égal, habillées de décos, costumes et mises en scènes toujours hilarantes et parfois grandioses, telle est la recette Raoul. De Funkadelic à Zappa, c’est aux plus grands que ce groupe peut être comparé. Ayant affronté vents et marées, Raoul se trouve toujours un agent altruiste ou une âme charitable ensorcelée par leur talent qui va les sauver du naufrage et c’est comme ça depuis 30 ans ! Je suis de ceux qui croient que la sagesse se transmet plus par le bon exemple que par le bon conseil, et si certains sont obligés d’écrire des chansons à textes pour nous apprendre la vie, Raoul sait nous illuminer autrement.
* Publié avec l'aimable autorisation de
Nouvelle Vague