NicholsonLes rastas et les punks
Chronique publiée le 09 Mai 2008
Par Jean-Philippe Blanchard
Nicolas Danglade et Germain Courtot sont Nicholson, un groupe magique qui produit une pop rêvée. Les rastas et les punks, leur nouvel album, propose l’instantané d’un duo au sommet de son entente. La musique est simple et compliquée à la fois, comme l’histoire de ces marseillais.
On n’a pas affaire à des débutants. Encore moins à des apprentis. Au sein de Nicholson, on sait se débrouiller, ça ne date pas d’hier. Nicolas Danglade n’a pas attendu qu’on s’intéresse à sa musique pour en faire. Dès l’aube des nineties, il tente de déployer ses inspirations poétiques à travers quelques compos pop, tout seul et tout faisant. Il est rejoint quelques années plus tard par Germain Courtot, un vieux copain de fac. Nicholson, le duo, ça démarre. Les jeunes hommes sont mûrs et pleins d’idées prêtes à rafraîchir la chanson française. Ils décident d’empoigner leur destin commun. En 2005, âgés de trente-quatre ans chacun, ils montent en société leur label Les Chroniques Sonores. Un an plus tard, résolus à tout faire eux-mêmes, ils sortent Moderne, un premier disque mûrement composé dont ils jouent tous les instruments. Audacieux et sûrs de leurs talents, ils vont jusqu’à dessiner la pochette. Ces initiatives ne sont pas fantaisistes et le succès est au rendez-vous. Naturellement, le curriculum vitae s’étoffe et ils s’affichent en premières parties de Benjamin Biolay et de Jean-Louis Murat. Au cours de leurs concerts les plus récents, ils louent les services d’Alain Bordes, un batteur qui finit par intégrer le groupe. Ainsi, avec l’arrivée d’Alain (ex-Les Edmonds, compositeur de musiques de films et de spectacles pour enfants), Nicholson devient un trio en 2008. Mais s’ils défendent tous les trois le nouveau disque sur scène, il s’agit du fruit d’un travail réalisé l’an passé par Nicolas et Germain. Cette année, c’est en souverains de la scène pop marseillaise qu’ils délivrent cet album au titre déroutant : Les rastas et les punks.
Ni rasta, ni punk, Nicholson
L’atmosphère est légère et la voix joueuse de Nico chevauche les mélodies avec désinvolture. Des guitares rock, folk, ou des notes électroniques offrent du volume à cet album fougueux, mais on se demande quels rôles rastas et punks tiennent dans cet univers musical. Mister Danglade se devait de nous expliquer le nom du disque, en opposition avec son contenu. « Les rastas et les punks, ce sont deux mouvements qui ont beaucoup apporté à la pop. Chez les punks, on a repris le côté “ on fait les choses nous-même ”, ce côté “ do it yourself ”. On fait les sacrifices que ça engage, mais on s’autonomise le plus possible. Par exemple, on fait nous-même nos pochettes, on a monté notre propre label… ». Il poursuit : « Les rastas ont apporté cette culture du travail de production qui s’est généralisée. Ils changeaient les sons, les transformaient, les trituraient… Avant, dans le rock, on se contentait de brancher la guitare et on jouait ». Loin de s’adonner à des pratiques aussi simples, c’est entre les murs de leur mini studio qu’ils élaborent des harmonies complexes. En tant qu’auteurs, ils refusent de sacrifier le fond musical au profit des paroles, et en tant qu’interprètes, ils s’ennuieraient à jouer des chansons qui se ressemblent toutes. Les dix titres de Les rastas et les punks sont le fruit de l’éthique impeccable d’un groupe à l’écriture fine. Nicholson revendique un décalage entre la poésie légère des paroles et la profondeur des arrangements. Le résultat pourrait être pompeux, mais, au contraire, c’est terriblement efficace. Nicolas nous parle de cette approche de la composition : « Une chanson, c’est comme un squelette qu’il faut habiller. Pour nous, l’habillage est aussi important que le squelette. Pendant que l’on composait, on se demandait sans cesse comment ça allait sonner. (…) On voulait faire un album à jouer en live, en gardant nos arrangements On avait toujours ça en tête. On a cherché à faire quelque chose de spontané, d’impulsif… ». Individuellement, chaque morceau apporte une pierre à ce solide édifice pop. Des doutes est un tube imparable et dansant, Icônes fascine par sa gracieuse mélancolie, Strokes ?!! est drôle… L’auditeur peut enclencher le mode repeat sur son lecteur : ce ne sont pas des chansons dont on se lasse.
* Publié avec l'aimable autorisation de
Nouvelle Vague
Tracklist de « Les rastas et les punks »
- 1 - Un si bel accident
- 2 - Un supplément d’âme
- 3 - Icônes
- 4 - Les rastas et les punks
- 5 - Nicholson 2007
- 6 - Un type en sale état
- 7 - Des doutes
- 8 - Dieu pardonne, pas moi (Version 2007)
- 9 - La femme sans tête
- 10 - (Et en plus, faudrait que je m’habille comme ça) Les Strokes ?!!