TangerIl est toujours 20 heures dans le monde moderne
Chronique publiée le 14 Juillet 2008
Par Pierre Derensy
Au jeu du titre de l’album le plus long de l’année, Tanger a des chances de gagner. À l’écoute de ce quatrième album, ils pourraient aussi récupérer une victoire de la musique. Encore faudrait-il connaître dans quelle catégorie il est nécessaire de les inclure sans troubler le sommeil des spectateurs de cette soirée hautement symbolique. Jusqu’à présent, Tanger (en référence à Matisse) était un groupe disons, conceptuel, avec de nombreux projets de leur mentor et leader Philippe Pigeard, comme de partir dans les montagnes du Rif, à Jajouka avec les Masters Musicians au moment de l’Aïd el-kebir ; beaucoup d’autres performances viendront par la suite, des performances qui mêlent toutes les “ matières “ artistiques (cinéma, art plastique, musique forcément, etc.) au point de considérer Tanger comme le groupe pop-art par excellence. C’est-à-dire un groupe doué mais totalement incompris de son époque, et qui fait (par dépit) une belle carrière underground. Recentré autour de son trio original, laissant du temps au temps (à peu près 4 ans), Tanger s’est offert une cure de simplicité sans perdre de vue la qualité. Il est toujours 20 heures dans le monde moderne est un disque glam comme on n’en entend plus beaucoup et encore moins dans l’hexagone. L’exemple type de l’utilisation à bon escient de l’analogique et du numérique. De ces sonorités hybrides, de ce bagage culturel impressionnant, l’album en puise un dynamisme unique. Débutant “ art-brut “ pour point dans l’électro-pop-rock, comme sur La fée de la forêt en ahurissante mélodie rock sur un propos terrible d’une agilité dadaïste, montre que les cérébraux peuvent emprunter la piste de danse sans être ridicules. Il y a un ange, modéré et complètement distinct des manières gouailleuses d’utiliser le son et les guitares du début du disque, fait un bien terrible pour reprendre son souffle. Sur la banquise rythmé sous un bel air d’Orient digital, le duo parfait avec Nina Morato pour Parti chercher des cigarettes, la civilisation démoniaque de Time tunnel et le coup du chapeau classique sur Le bon usage du vent marquent le retour d’un grand groupe qui a eu l’intelligence de faire exploser les enceintes et rencontrer (enfin) le grand public.
* Publié avec l'aimable autorisation de
Nouvelle Vague
Tracklist de « Il est toujours 20 heures dans le monde moderne »
- 1 - Cyclotron
- 2 - Roulette russe & poing américain
- 3 - La fée de la forêt
- 4 - Il y a un ange
- 5 - L’homme statue
- 6 - Sur la banquise
- 7 - Météorites
- 8 - Partic chercher des cigarettes
- 9 - Time tunnel
- 10 - Le bon usage du vent