The Rolling Stones
Par Marc Chaix
Rolling Stones Episode 3, cela pourrait être le surtitre d’un (troisième) volume de la saga du “ Plus Grand Groupe de Rock du Monde ”, avec majuscule partout en signe de respect. Cela évoque tout bonnement le retour à Nice des Rolling Stones après 1976 (la tournée Love you Live) et 1981 (tournée Still Life). Trente ans après ce qui fut le premier “ concert mammouth ” sur la Côte d’Azur dans un stade Charles Ehrmann (la salle Nikaïa n’étant même pas encore une idée) où s’étaient entassées quelque 25000 personnes, l’un de leurs premiers titres, Time is on my side (Le temps est avec moi), était prémonitoire : les revoilà, plus grands que jamais, pour la tournée Bigger Bang 2006.
Pour apprécier pleinement les Stones, c’est sur scène qu’il faut les voir. D’abord parce qu’ils adorent ça, et qu’ils prolongent avec une ferveur intacte, plus de quarante ans après, une aventure qui avait débuté en janvier 1963, lorsqu’ils se retrouvèrent au complet pour la première fois. À l’origine, en effet, étaient : Mick Jagger, Brian Jones, Keith Richards, Bill Wyman (né William Perks) et Charlie Watts. Leur nom leur avait été inspiré d’une chanson de Muddy Waters Rolling Stones blues.
Alchimie de sons et complémentarité
Un autre musicien, Ian Stewart, fut pourtant de toutes les aventures, depuis janvier 63. Injustement écarté des campagnes de pub par les impresarios de l’époque, il est resté, jusqu’à sa mort en 1986, le sixième Stone, toujours présent aux claviers sur scène, et près des autres dans la vie. À l’époque des débuts, le “ fond de commerce ” du répertoire, c’était Chuck Berry pour le rock’n’roll et les pionniers bluesmen pour le reste. Le premier disque enregistré (grâce à une proposition de George Harrison des Beatles !) était une reprise de Berry : Come on (en mai 63). Une quarantaine d’albums (et quelques pirates) plus tard, quelques milliards de disques vendus, et des centaines de millions de spectateurs rassemblés sur tous les continents : rien n’a changé. Les Stones, devenus légendaires et célèbres sur toute la planète, et probablement au-delà, forment toujours cette formidable alchimie de sons de guitares solidement appuyées sur une rythmique inaltérable, la voix et la vitalité de Jagger en prime. Cinq musiciens, individuellement hors du commun, qui deviennent exceptionnels grâce à une extraordinaire complémentarité.
Jagger et Richards, auteurs-compositeurs d’exception
Sauf que côté répertoire, Jagger et Richards (les “ Glamour Twins ”) sont devenus deux des plus grands song-writers de l’histoire de la musique moderne, et que la “ marque déposée ” du groupe, tous les plus grands tubes, sont signés par ces deux-là. En plus de quarante ans, le line-up a changé à trois reprises, toujours “ pour des cas de force majeure ”. La disparition tragique de Brian Jones en 1969 fut compensée musicalement par Mick Taylor, qui venait des Bluesbreakers de John Mayall, et qui, jusqu’en 1974, a marqué le son du groupe de son empreinte sans devenir vraiment un “ Rolling Stone ”. Son passage reste reconnaissable dans les albums de cette époque. Il sera lui-même remplacé par Ron Wood, en provenance directe du groupe de Rod Stewart, The Faces, et qui sera très vite devenu indispensable. Aux côtés de Keith Richards, survivant magnifique (même revenu récemment d’une opération à la tête, suite à une chute du haut d’un palmier…), Ronnie est désormais un “ Stone ” à part entière. Lorsque Bill Wyman a jeté l’éponge en 93, c’est Darryl Jones (qui a joué avec Miles Davis mais aussi avec… Madonna) qui prend le relais. C’est cette formation-là qui sera sur scène à Nice le 8 août pour la tournée mondiale Bigger Bang Tour qui commence à Milan le 11 juillet, et qui se poursuivra avec 20 dates européennes.
Discographie sélective et DVD
Resté fidèle au blues et au rock originels dans l’esprit, le groupe a navigué aux frontières du funk, avec Miss you (1978) et du disco avec Emotional rescue (1980).
* Le premier album The Rolling Stones en 1964 contient surtout des reprises de blues et de rock’n’roll.
* Beggar’s banquet (1968) est un excellent résumé de toute l’évolution du groupe depuis les débuts, jusqu’à l’après Satisfaction, et mélange compos originales et reprises. L’époque Brian Jones.
* Let it bleed (1969) marque l’arrivée de Mick Taylor.
* Get yer ya-ya’s out, est leur premier disque live, sorti en 1970, avec des titres maison et des covers de Berry.
* Some girls (1978), surtout pour l’immense succès mondial de Miss you et la présence de plus en plus affirmée de Ron Wood.
* Still life est le live de la tournée de 1981 qui était passée par Nice.
* Tatoo you (1980), Undercover (1985) et Dirty work (1986) sont excellents tout comme Steel wheels (1989).
* Le plus récent A bigger bang, célébré par la tournée éponyme et dont le titre n’est pas sans rappeler le célèbre Beggar’s banquet, est remarquable, très représentatif de la tendance actuelle et de la bonne forme du groupe : recentré sur le blues et le rock, super son de guitares archi-reconnaissables, Mick J. est toujours aussi énergique et Keith R. chante (aussi) en solo.
* Côté DVD, le coffret Four flicks est absolument indispensable. Faisant écho à la tournée historique Fourty licks, il célèbre les 40 ans de l’emblème incontournable “ lapping tongue ” (la célèbre langue tirée), avec les concerts filmés dans les grands stades et les salles plus réduites (style Olympia).
* À découvrir aussi Stones in the park et la réédition de "One+one" de Jean-Luc Godard (les Stones en studio).
Les Stones et la Côte d’Azur : une vieille et belle histoire
Comme le rappelle très justement François Bon dans le superbe et indispensable livre (plus de 600 pages) qu’il a consacré au groupe (Rolling Stones, une biographie, éditions Fayard), la Côte d’Azur a très vite attiré les musiciens du groupe. Dès les années 70, ils y viennent régulièrement : Keith Richards louait (à la semaine) une villa à Villefranche, appelée Nellcôte, qui servit à la fois de base arrière et de studio d’enregistrement, puisque le guitariste y avait installé le semi-remorque Rolling Stone Mobil. Bill Wyman s’installera à Vence, sur les hauteurs, et gardera cette résidence jusqu’aux années 90. Le groupe et de nombreux invités y sont venus souvent. Mick Jagger préférait Mougins, mais finira par louer pas très loin à la Bastide-du-Roy. C’est aussi sur la Côte, à Saint-Tropez, que Mick Jagger a épousé Bianca en 1971. Il n’est pas interdit de penser que si les Stones ont, encore une fois, choisi Nice (en concurrence avec Marseille) pour cette tournée 2006, c’est grâce à leur véritable attachement à notre région.
L’âge des “ Pierres ”
* Charlie Watts est le patriarche du groupe et vient de fêter ses 65 ans début juin.
* Keith Richards est né en 1943 ; Ron Wood en 1947 ; Mick Jagger en 1944 ; Darryl Jones, le dernier arrivé est aussi le benjamin du groupe, né en 1961.
* Du côté des ex-Stones : Bill Wyman est né en 1941, Mick Taylor en 1949. Brian Jones est né en 1942 et mort en 1969.
* Publié avec l'aimable autorisation de
Nouvelle Vague