Vendredi 10 Octobre 2008
Recevez la newsletter

Rechercher un artiste
A B C D E F G H I J
K L M N O P Q R S T
U V W X Y Z 0 - 9

Abd Al Malik

Par Robex

Depuis 2004, le leader des New African Poets (NAP) traîne sa langue de poète, distille un face à face des coeurs, des mots et des émotions jazz hip hop : Abd Al Malik slamme. Il jette ses phrases à la figure des pessimistes, écrites, lues, parlées et slammées : un flow sans équivalent qui séduit. Rencontre avec Abd Al Malik, prêcheur de sens, des droits de l’homme, d’amour, d’espoir et de poésie.

Peux-tu nous résumer ton parcours ?
[Abd Al Malik] Je m’appelle Abd Al Malik, je viens du quartier du Neuhoff à Strasbourg. Je fais partie du groupe NAP. On a sorti 4 albums entre 1996 et 2000. En 2004, j’ai sorti mon premier album solo, Le face à face des coeurs et mon premier bouquin, Qu’Allah bénisse la France chez Albin Michel. Je viens de sortir mon deuxième album solo qui s’appelle Gibraltar. Actuellement, on est entrain de travailler sur le prochain NAP. Voilà en gros mon parcours artistique.

On dit que tu es rappeur du réel, avec un flow clairvoyant pour éclairer les âmes. Qu’est-ce que ça veut dire ?
Pour moi l’Art et la musique en particulier, c’est la capacité à partager des émotions et à nous rappeler à tous que nous sommes juste des êtres humains. Humblement, avec mon micro, mes platines, mon petit travail de MC troubadour, et bien j’essaie de faire circuler cette parole-là.

Que veut dire adepte du soufisme ?
Bon, je suis musulman, il y a une démarche spirituelle, avec un maître spirituel. Le soufisme, c’est le coeur de l’Islam et lorsqu’on est dans une religion, il s’agit de ne pas prendre juste une partie mais l’ensemble, à savoir la lettre mais aussi l’esprit.

Après le livre Allah bénisse la France, NAP, Gibraltar, c’est le nouvel opus des pensées spirituelles d’Abd Al Malik ?
Oui et non. Oui parce qu’il n’y a pas de division entre le moi artiste, le moi qui chemine, etc. etc. Je ne suis qu’une seule personne. Et non, parce que lorsqu’on a travaillé cet album avec Bilal, on a voulu faire une révolution dans le hip hop, au sens étymologique du terme. C’est-à-dire qu’on a voulu revenir à ce qu’est le hip hop, à savoir une musique riche, une musique ouverte, courageuse, une musique qui n’a pas peur d’aller vers les autres, comme Nas et son père Olu Dara, le jazzman, comme Jay-Z et Linkin Park, comme Aerosmith et Run DMC, comme Outkast, etc. C’est la seule musique qui est organiquement faite de toutes les musiques par la culture du sample et de l’échantillon. Nous on a pris un peu dans le slam, un peu dans le jazz, un peu dans la chanson. Et puis il y a ma passion pour la littérature, donc j’ai voulu faire ce disque à la fois comme un recueil de nouvelles dans la manière de l’écriture, de petites histoires, et à la fois comme quelque chose qui serait riche, mais surtout courageux musicalement.

Dans ton livre, tu racontes ton parcours, ton âme, ça semble diriger tes décisions ?
Je suis un. Fatalement tout ce que je fais va dans une seule direction, donc du coup on peut trouver des entrelacements dans mes différents centres d’intérêt, mais en même temps c’est toujours la même démarche d’un être humain qui chemine et qui utilise le moyen de l’Art et du rap, parce que c’est son outil à lui. C’est juste comme ça que je procède.

Pour aller vers l’autre, il faut obligatoirement avoir la foi ?
Ça dépend ce que tu appelles la foi. Moi, mon véhicule c’est la spiritualité, mais disons que c’est pour moi. Pour quelqu’un d’autre, ça peut être un autre véhicule, une autre religion, une non religion, qu’importe. Ça c’est mon point de vue, ma démarche, c’est moi. Finalement, on va tous au sommet de la montagne, qu’importe la monture que l’on va prendre. À chacun de trouver ce qui le pacifie et qui va pacifier son rapport à l’autre.

Tu penses que ça te protège contre la misère, contre les maux de la société, contre le racisme ?
Je pense que ce qui protège de tout ça, c’est notre capacité à être juste un homme responsable, notre capacité à nous dire que la meilleure des choses que je puisse faire pour améliorer le Monde, c’est de m’améliorer moi même, qu’importe les outils que l’on va prendre. Pour moi ce qui est le plus important, le défi de notre époque, celui que l’on doit relever, c’est celui du vivre ensemble. À chacun de trouver boutique qui lui sied le mieux.

Tous les parcours, toutes les violences auxquelles on a assisté dans les quartiers, ce n’est pas une fatalité ?
Heureusement non, et j’en suis la preuve, puisque le simple fait de parler avec toi et de parler de tout ça, ça veut dire que le déterminisme n’existe pas, ça veut dire qu’on peut transcender sa condition. Sinon moi je serai devenu le pire des pires. Si moi je peux, je pense que tout le monde le peut.

À quelques encablures des échéances électorales, tu aurais un message à faire passer aux jeunes ?
Partout, je ne cesse de clamer que nous les rappeurs, on est ni des animateurs sociaux derrière un micro ni des politiques ou des journalistes, on est juste des artistes. Pour moi, l’artiste par excellence c’est le philosophe Socrate. Et lui, il pose des questions, il ne donne pas de réponse. Moi, j’interroge mon pays que j’aime, j’interroge mon contexte, j’interroge mes contemporains, et je suis convaincu que les réponses sont en chacun de nous. Je ne suis ni de gauche, ni de droite, je suis avec toutes les femmes et tous les hommes de bonne volonté. Donc le message que j’ai envie de donner, c’est de dire encore une fois ce que je disais tout à l’heure : la meilleure des choses que l’on puisse faire pour améliorer le Monde, c’est s’améliorer soi-même. À chacun de prendre conscience que l’on a tous une responsabilité, que l’on soit boucher, journaliste, au chômage ou rappeur.

On peut dire qu’Abd Al Malik est citoyen de l’univers, pour faire référence à ton livre ?
Citoyen de l’univers, mais citoyen français aussi. Le fait de se sentir bien chez soi, bien dans son pays, ça ne veut pas dire que tu nies l’autre, au contraire, ça veut dire que tu sais qui tu es, et moi je sais qui je suis, et je sais que mon pays est dans un continent, qui lui-même est dans une planète, cette planète est dans l’univers, etc. Donc forcément, on est tous liés…

Est-ce que tes références musicales et littéraires actuelles sont en accord avec ton parcours et tes textes ?
Forcément, on est toujours qui on est par le regard de l’autre, par le fait de se reconnaître. L’Art en général, ça a aussi un effet miroir, vitrine ou miroir, ça dépend, en partant du principe qu’on se voit aussi un peu dans une vitrine, même si on voit ce qu’il y a derrière. C’est vrai que mes références artistiques, des gens comme Raymond Carver, le nouvelliste, des gens comme Albert Camus, Cézaire, et bien par leur vécu, par leurs considérations, par les problématiques qu’ils ont soulevés, je me reconnais en eux, mais en même temps, eux c’est eux et moi c’est moi, et moi je suis le fils de l’instant, je suis le fils de l’instant de mon époque, de mon lieu.

Finalement, il y a très peu de place pour la fiction, c’est du réel, du vécu.
Ouais, surtout. Que dire de plus. J’ai l’impression que ce que je connais le mieux, c’est moi, alors c’est plus facile d’en parler que d’inventer.

C’est très éclectique comme rapport aux références. Tu n’as pas peur de perdre l’essentiel de tes réflexions à travers les références des autres ?
Non, j’ai le sentiment que de toute façon chaque individu se construit aussi et se structure à travers le regard des autres. En parlant de références, ce ne sont que des points de départs, c’est-à-dire que la démarche, elle est la mienne, avec mon histoire de vie, avec mon parcours, avec qui je suis. J’ai aussi le sentiment d’une grande fraternité avec les autres, autant avec des contemporains, qu’avec des écrivains que j’admire, des philosophes ou le facteur qui vient me livrer. C’est important la notion de fraternité, ça veut dire que l’on partage tous quelque chose d’essentiel, et c’est l’humanité. C’est ça le rôle de mes références, rien de plus.

Finalement Abd Al Mailk, tu as les pieds sur terre ?
J’ai les pieds sur terre et la tête dans les nuages. C’est vrai que mes pieds sont bien ancrés au sol.

Tu aimes les voyages spirituels, mais aimes-tu te déplacer en tournée ou à travers le monde ?
Si on aime voyager, on aime voyager tout court. On dit que les voyages forment les individus. Enfin on dit la jeunesse normalement, pour être plus précis, mais la jeunesse, c’est aussi une question d’état d’esprit…

Après la littérature, la musique, les tournées, les voyages, et même les récompenses puisque tu as eu le Prix Constantin, quel est ton prochain projet ?
Déjà il y a cette tournée qui va durer longtemps, et puis il y a le projet d’un album collectif avec des rappeurs qui tournent un peu autour de nous, et il y a le grand retour de NAP, on a déjà 2/3 titres, on y travaille dur, et je pense que ça sera un très bon album que l’on prévoit pour fin 2007.

Y a-t-il un combat, une lutte qui te tient à coeur actuellement ?
Pas actuellement, mon combat, c’est un combat de vie. Encore une fois, mon combat, c’est de dire que l’on devient soi en allant vers l’autre. Ce qui est essentiel et vital, c’est de maintenir le dialogue, et finalement en allant vers l’autre, on va vers nous-même. Ce n’est pas un combat du moment, c’est un combat de vie, et j’ai le sentiment que chaque individu, nous tous, on chemine. Cheminer vers l’autre, c’est cheminer vers nous-même.

* Publié avec l'aimable autorisation de Nouvelle Vague

S'abonner

En savoir plus sur Abd Al Malik

Votre nom
Votre email
Recopier le code de sécurité
Je désire également m'abonner à la newsletter

L'équipe de 150dB se réserve le droit de ne pas publier ou de modifier le contenu soumis.

Tout commentaire à caractère pornographique, xénophobe ou injurieux ne sera pas publié.

Un email vous sera envoyé lors de la publication de votre commentaire.

Les commentaires publiés sur 150dB sont l'expression des opinions des internautes. L'équipe de 150dB n'est en aucune manière responsable des propos tenus dans les commentaires.

Pour toute question ou suggestion, n'hésitez pas à nous contacter.

Publicité
Rédigez votre propre interview
A B C D E F G H I J K L M N
O P Q R S T U V W X Y Z 0-9
Faites votre autopromo

Du même artiste

Critiques de disques

Consulter la fiche artiste

Notre philosophie - la musique

A la rédaction, nous n'avons qu'une seule philosophie: la musique. Nous mettons en permanence tout en œuvre pour vous faire partager cette passion.

Entre nous

150dB vous informe sur l'actualité de la musique et le monde autour de la musique. Si vous souhaitez figurer dans nos pages, n'hésitez pas à nous proposer votre actualité musicale ou un site musical.

  Abonnez-vous et recevez la newsletter