Mercredi 23 Juillet 2008
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Camille Bazbaz

Par Céline Rastello

Le bonheur fantôme de Camille Bazbaz, son quatrième album solo, est sorti fin mai, et la tournée commence. Rencontre au studio Mains d’Oeuvres, à Saint-Ouen, avec l’ex-clavier du groupe punk Le Cri de la Mouche, un artiste simplement libre et heureux.

Quelle est la genèse de ce fantôme d’album ?
[Camille Bazbaz] La plus naturelle du monde. À la fin de la dernière tournée, avec les copains, à peine sortis de la camionnette, on s’est enfermés en studio. On en avait envie, et besoin.

Sly Dunbar & Robbie Shakespeare sont présents sur deux morceaux de l’album (Iliennes et Dis-le). Comment est née cette rencontre ?
J’aime leur reggae depuis que j’ai découvert Aux armes et caetera de Gainsbourg, en 1977. Puis j’ai rencontré Winston Mc Anuff, on est devenus potes, et on a monté Mc Anuff & The Bazbaz Orchestra (A drop, 2005), un hybride entre son univers purement jamaïcain et le mien, plus romantique. On a fait cet album avec ma bande de petits français. Ensuite Winston m’a dit : « Maintenant, il faut que tu viennes en Jamaïque travailler avec ma bande à moi ». Dont Sly & Robbie.

Ces morceaux ont été enregistrés au studio Harry J. de Kingston. Un rêve de gosse ?
Exactement. J’en rêvais depuis mes 17 ans, et j’en ai 40. C’était totalement fou pour moi d’aller enregistrer là-bas. Magnifique !

En quoi un enregistrement jamaïcain diffère-t-il d’un enregistrement français ?
Le studio ne change pas, ce sont les musiciens qui changent. Ça me faisait marrer d’embarquer des jamaïcains sur mes soul-pop songs. Quel que soit le style de musique que je joue, j’y mets toujours une vibration reggae. Mais je n’ai pas envie de faire du reggae, du rock ou du blues pur et dur. Je ne suis pas un pur et dur, mais un métisse. J’aime tout et n’importe quoi du moment que ça me touche. Et le reggae est toujours là.

Le reggae serait-il un amour d’enfance ?
Oui, au même titre que la musique des 60’s : le rock, les Clash. Si j’écoute du reggae, c’est avant tout parce que j’ai écouté les Clash et que le reggae correspond à une énergie que j’adore.

Les femmes, le désir, l’amour sont des thèmes inhérents au Bonheur fantôme. Est-ce incontournable de parler d’amour ?
(Réflexion) Selon moi, toute la difficulté du métier de musicien est d’arriver à être naturel. Mon but n’est pas de faire de l’esbroufe technique ni de la maîtrise d’instruments, je ne suis pas un instrumentiste. Il se trouve que depuis quelques années, l’amour est le thème qui m’inspire le plus. Si ce n’était pas par amour, je ne chanterais pas.

Comment se déroule votre processus d’écriture ?
À l’instar du bonheur, les mots viennent, s’en vont. Il faut être à l’affût pour les capter au bon moment. Je n’ai pas écrit tous les textes de l’album, j’en ai taxé quelques-uns. Je travaille avec des gens que j’aime profondément, on échange beaucoup. La musique, c’est soit une belle histoire, soit ça n’est pas.

Quel est votre tout premier souvenir musical ?
Le générique de Mannix (chant !). En vieillissant, j’aime les mêmes conneries que lorsque j’avais 4 ans et demi, à part Dave (rires). La télévision m’a toujours beaucoup inspiré. Petit, j’adorais les génériques des séries TV : Chapeau melon et bottes de cuir, Amicalement vôtre... Ces univers-là se retrouvent dans mes chansons autant que le reggae. Je fais toujours des petites mélodies, des petits thèmes en début de chanson. J’adore les séries TV et les westerns, comme les jamaïcains d’ailleurs. C’est la culture du branleur, ou du mec qui médite, c’est selon (rires).

Vous travaillez également pour le cinéma. Qu’est-ce qui vous a attiré dans ses filets ?
Les actrices (1) ! (rires) La musique de film m’a toujours obsédé tout autant que le reggae. J’ai participé à la musique de quatre films de Pierre Salvadori (Comme elle respire, Les marchands de sable, Après vous et Hors de prix) et suis partant pour remettre ça. Avis aux amateurs !

Qu’est-ce que ça vous apporte de travailler pour le cinéma ?
C’est différent. Il y a un cadre, un timing, beaucoup de contraintes à respecter. Et en même temps le cinéma permet d’accéder à un autre univers, d’utiliser d’autres instruments. Pour Hors de prix, par exemple, j’ai travaillé avec un orchestre, des violons, des contrebasses, vingt-cinq cuivres... Pour moi qui suis autodidacte, c’était encore un fantasme.

Avez-vous des lieux de prédilection pour jouer ?
Non. Dès qu’on m’invite, qu’on peut déplacer le groupe, c’est parti ! Un peu à la manière des Ghostbusters.

Le bonheur fantôme est-il désormais palpable ?
Oui, en quelque sorte. Mais le bonheur est ainsi : il vient puis s’en va. Il est impossible de maintenir perpétuellement le pied sur l’accélérateur du bonheur.

* Publié avec l'aimable autorisation de Nouvelle Vague

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