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Benoît Dorémus

Publié le 11 Janvier 2008

Il chante de la main gauche et il écrit comme un poète enragé qui fait pleurer son stylo avec subtilité. Un rat des villes, un blanc-bec qui fait de la chanson parce que le rap est rarement blond. Benoît Dorémus a une écriture brute, efficace et subtile. Il écrit par nécessité ; un peu comme si toute sa vie en dépendait, comme si ses mots et ses rimes étaient une nourriture essentielle à sa survie.

« J’écris faux, je chante de la main gauche » est votre style. N’est-ce pas une volonté d’être unique, d’être à part ?
[Benoît Dorémus] Oui, mais tous ceux qui prennent une guitare, un piano ou chantent devant des gens, tous ceux qui s’expriment ont envie d’être à part, j’imagine. C’est une chose que l’on a tous en commun, moi et mes collègues chanteurs. Moi par contre j’ai eu envie de m’affirmer, de le dire et puis voilà qui m’aiment me suive.

Vous dites « Ce que j’écris, que personne n’y touche ». N’est-ce pas finalement « si tu aimes c’est bien, si tu n’aimes pas tant pis » ?
Oui il y a un peu de ça. C’est une chanson qui a été écrite à l’époque où je me produisais dans les petits bars parisiens, dans des petits lieux, c’est une époque que j’ai vraiment adoré parce que je découvrais tout ça, je faisais découvrir mes chansons. Et en même temps c’était un peu balaise parce que ce n’était pas toujours dans des conditions évidentes et dans cette période là j’ai écrit quelques chansons où je préférai jouer cartes sur table. Et effectivement soit on m’écoute et je suis le plus heureux des hommes soit on m’écoute pas mais cela ne me touche pas… je continuerai à avancer et c’est ce que j’ai fait.

Comment vous est venue la chanson « Je m’en rappelle pas » ?
C’est vrai que j’ai eu tendance à être un petit peu nostalgique parfois, il y a quelques chansons qui sont tournées vers le passé, il y a « je m’en rappelle pas » et il y en a une ou deux autres. C’est vrai que je suis quelqu’un assez sensible au temps qui passe, enfin comme tout le monde. Moi cela me fait beaucoup cogiter et je crois que cette chanson est venue parce qu’un jour je me suis dit un truc du genre « mais finalement plus on vieillit moins on a de souvenirs » et que paradoxalement plus on avance plus les souvenirs que l’on avait à 6 ou 7 ans disparaissent. Mais alors quand on passe les trente ans, là ça se barre encore et encore. Alors voilà j’ai imaginé cette chanson pour faire un constat, il y a des choses que l’on sent au fond de nous même « ah oui cette période, vaguement je vois un truc » mais rien de concret. Et quand on voit des photos et qu’on se voit avec sa famille dans une fête, un évènement heureux ou n’importe quoi, c’est toujours troublant, on reconnaît tout le monde puis en même temps on y est plus.

Dans la chanson « le poison » vous dites « la jalousie est un poison qui rend con ». On dirait dans cette chanson que quand on aime on est forcement jaloux ?
Ca fait du bien de l’entendre de la bouche d’une fille ! Oui je suis d’accord. C’est un truc que j’ai vécu personnellement et que plutôt que de faire exploser ma colère de manière un peu con, j’ai préféré écrire une chanson qui exposait un peu tout ça. Oui la jalousie, moi j’ai pas un seul de mes copains qui, quand je parle de ça, n’a pas connu !!! Donc tout le monde s’y retrouve. C’est un thème un petit peu universel et voilà je crois que c’est assez inévitable. C’est encore une jeune expérience que j’ai, mais ça à l’air d’être un poison pour beaucoup de gens, qui rend con forcement parce qu’on sait que c’est débile et c’est pour ça qu’on souffre.

Dans « J’apprends le métier » on ressent une envie d’exploser les cages dorées, les cravates et les machines à café. Tu ne veux surtout pas ça ?
Oui c’est un peu « surtout pas ça », je me suis toujours vu libre quand j’étais enfant. Quand j’ai grandi je me suis construit un petit monde intérieur où je me disais « quand je serai grand il faudrait que je me démerde pour juste faire ce que j’aime » et il s’est avéré que ce que j’aimai faire c’était l’écriture, cela aurait pu être autre chose mais enfin voila. Et « J’apprends le métier » c’est une chanson qui évoque la vie que j’aurai pu mener et dans laquelle j’aurai été un peu malheureux. Peut être qu’elle m’attend un peu plus tard, on verra, mais voilà je ne voulais surtout pas de train- train quotidien. C’est surtout ça que la chanson dit dans le fond. C’était ma hantise de m’embêter.

Peux-tu nous raconter ton parcours ?
Ben en fait mon parcours dans l’album est raconté en trilogie, il y a trois chansons qui se suivent. Il y a « J’apprends le métier », l’acte II qui s’appelle « l’enfer » et l’acte III qui s’appelle « 2 dans mon ego trip » . Mon parcours il est très banal et très joli en même temps. J’ai commencé à écrire et puis surtout j’ai commencé à chanter mes chansons devant les gens et ça c’est plus la période « j’apprends le métier » où j’expliquais aux gens dans cette chanson pourquoi je me retrouve là, face à eux, parce que j’en avais envie tout simplement. Ensuite il y a eu une période un peu plus dure, faites de galères où l’euphorie de ça y est je suis chanteur, ou j’essai de m’y mettre était un peu passé et remplacé par le fait que le métier est dur, que c’est long, qu’il faut être patient, que ça n’avance pas… voilà j’ai traversé cette période de doute et donc un soir de doute un peu plus intense j’ai écrit cette chanson « l’enfer » mais qui est juste un moment saisi, un moment de mauvaise humeur. Cette chanson c’est pas évidemment ce que je ressentais tous les jours c’est juste des moment ou je me suis dit « Mais merde qu’est ce que je fous là ? Pourquoi je continu ? » et puis quelques mois plus tard, les choses se sont un petit peu débloquées pour moi grâce à ma rencontre avec Renaud. Vu que j’avais déjà écrit les deux premières parties et presque sans m’en rendre compte, je me suis dit « on va achever l’histoire », les choses avancent pour moi, je vais terminer la trilogie avec cette chanson « 2 dans mon ego trip » comme ça l’histoire sera racontée je n’aurais pas à le dire en interview (rires)

Vous parlez de Renaud. N’est-ce pas un peu « je t’aime moi non plus » ?
Non c’est de l’amour, évidemment, moi Renaud c’est un des chanteurs que j’écoutais quand j’étais vraiment petit, c’est à la même époque que j’écoutais Henri Dès, le chanteur pour enfant,. J’écoutais Renaud parce que mes grands frères laissaient traîner des cassettes. Donc c’est un chanteur qui m’a accompagné dans mon adolescence, qui était dans mon coeur. Je n’ai jamais était fan, je n’ai jamais eu de posters de Renaud, je n’avais même pas tous ces albums. Mais son style lui a juste fait prendre une place particulière dans mon coeur et puis le fait que je le rencontre et que maintenant on ai quelque chose en commun, cette aventure, cela fait que je l’aime encore plus. En plus je découvre l’envers de Renaud, c’est-à-dire le Renaud du quotidien. Dans cette chanson, j’essaye de le piquer un peu, c’est un mec qu’il faut aller chercher aussi. Donc j’ai décidé de faire cette chanson où je raconte comment on s’est rencontré. J’allais pas le brosser dans le sens du poil ou raconter un truc un peu « gnan-gnan », ce n’est pas du tout ça le but. C’était une chanson que je voulais un peu rigolote, second degré et puis vénère, parce que merde, ça m’a fait plaisir ce qui m’est arrivé, il fallait que ça sorte comme ça.

Renaud est-il l’un des premiers à avoir cru en toi ?
Oui, un des premiers. Mais il y avait d’autres gens avant. J’ai eu la chance d’être entouré très tôt par des copains, bon pas dans le monde de la musique, mais qui m’ont soutenu à leur manière, un copain qui est devenu mon manager et surtout les copains qui venaient me voir en concert et qui venaient la semaine d’après et qui en parlait autour d’eux… C’est ça les gens qui ont cru en moi d’abord parce que sans eux, dans les petits bars, les soirs difficile, je ne suis pas sur que j’aurai continué. C’était parfois un sport assez extrême. C’est surtout eux qui m’ont donné l’envie d’aller plus loin. L’étape d’après a été de rencontrer des gens dont c’était le métier et avant Renaud, j’ai rencontré un peu des gens dans des maisons de disque. Mais c’est vrai que Renaud ça a été le coup de pied aux fesses qu’il me manquait jusque là et qui m’apportait un peu de crédibilité, je crois, et puis voilà c’était un soutien exceptionnel. C’est un peu lui qui a débloqué les choses pour moi.

C’est lui qui vous signé ?
Oui quand ont s’est rencontré, deux jours plus tard ils m’a appelé, il m’a demandé, après avoir écouté mon disque autoproduit de l’époque, si j’avais un producteur, je lui ai dit que j’en avait pas et il m’a dit « ben voilà t’en a un ». Et comme il y avait cette histoire entre nous sans qu’il le sache, depuis toute ma vie, et puis cette rencontre qui été vraiment belle, je ne me suis pas posé de questions et j’ai accepté.

On sent que vous n’aimez pas trop être comparé à Renaud. Est-ce vrai ?
Si, si, être comparé à lui ça m’est arrivé très souvent, c’est quelque chose que je comprends, très bien même. Je suis influencé par Renaud parce que c’est un type qui a un peu fait mon éducation musicale et puis littéraire en quelque sorte. C’est juste que j’essaye de faire attention à bien faire comprendre aux gens que ce n’est pas parce que je suis produit par lui ou que je suis influencé par lui que je fais la même chose, que je raconte la même chose. C’est juste ça. Mais être comparé à Renaud, c’est plus que flatteur.

Avec le titre « l’enfer » n’est-ce pas finalement le sujet de la vie des intermittents, des difficultés financières pour un artiste, surtout au début ?
Oui financièrement c’est dur, mais ça à la rigueur, je le devinais en me lançant qu’il y aurait une période un peu difficile. Mais ce qui est dur c’est qu’on a envie d’être écouté et reconnu et moi personnellement il m’a fallu un peu de temps pour apprendre à être patient, c’est un défaut que j’avais. J’étais un petit peu à vouloir tout de suite vivre de ce métier, alors que non ce n’est pas comme ça que ça marche et j’ai mis un peu de temps à le comprendre qu’il faut bosser, tout simplement. Et oui financièrement c’est dur au début et c’est dur aussi après… Et puis une fois que ça va mieux financièrement, il y a toujours des problèmes si on voit les choses de ce coté là. Mais c’est vrai, comme je disais tout à l’heure c’est une chanson de mauvaise humeur, exutoire, pour faire sortir le « merde pourquoi ça ne marche pas ». Mais la vie d’artiste, de chanteur que j’ai choisi elle m’apporte beaucoup plus de bonheur que d’anxiété et de douleur mais parfois c’est un peu « moit-moit ».

Benoît, c’est aussi les chansons d’amour avec « Rien à te mettre » ?
Oui les chansons servent à ça. On n’a pas besoin de gueuler pour dire des choses. J’aime aussi les chansons calmes. Tout ça pour dire que les ballades j’adore ça et « Rien à te mettre » fait partie des chansons un peu plus légères de mon répertoire et de l’album mais qui sont largement aussi importante pour moi. Moi j’aime la musique quand elle rend un peu triste quand elle est un petit peu mélancolique. Il y a des chansons comme ça.

Avec « Pas à me plaindre », on a l’impression que vous vous arrêtez et faite le constat « Finalement moi ça ne va pas si mal ».
Oui c’est exactement ça. C’est une chanson, pour moi, nocturne. Je ne l’ai pas écrite dans ces conditions, mais quand je l’entends ou je la chante, je me vois la nuit, chez moi, installé à mon bureau derrière mon petit clavier d’ordinateur puis « ça va, la vie elle n’est pas vilaine » mais voilà c’est une chanson un peu plus posée, plus optimiste même si musicalement elle est un petit peu « tristoune » aussi mais elle fait redescendre un peu la pression, elle me fait du bien. Au niveau de l’écriture c’est une chanson où je suis allé dans une autre direction, dans quelque chose d’un peu plus abstrait, un peu plus « souchonesque » enfin j’espère, un peu plus bizarre, un peu plus léger.

Avez-vous des concerts prévus ?
Oui, la tournée commence tout juste. Elle commence par Paris bizarrement, on y revient le 13 décembre et puis on va jouer un petit peu partout, à Lyon, à Lille, à Bordeaux, un petit peu en Belgique aussi. Je suis content, j’espère que cela va bien se passer mais jusque là cela s’est bien passé. Mais j’ai hâte de défendre cet album comme on dit « sur scène » mais ce n’est pas tant de le défendre que de montrer où j’en suis.

Comment ça se passe sur scène ?
On est 712 sur scène, donc il y a 400 choristes dont 12 filles nues… Non, à coté de moi il y a mon accordéoniste-pianiste-claviers, le mec qui sait tout faire qui m’accompagne depuis le début. C’est une formation assez classique. Il y a batterie, contrebasse et basse puis moi je suis à la guitare. Voilà c’est une formation plutôt de base mais ça permet de jouer dans tous les registres. Le registre hip-hop que j’ai, cela permet de la faire en version acoustique et les chansons un peu plus ballade justement. Enfin c’est une formation que j’aime beaucoup, assez sobre mais complète.

Que vous souhaiter pour la suite ?
Me souhaiter pour la suite ? J’espère être capable de faire d’autres albums et que j’en serai aussi content que je le suis pour celui là. Ca a été une drôle d’aventure, bon il a des défauts, mais j’en suis content. J’espère juste que cela va continuer et que je serai capable d’en écrire d’autre.

L’écriture est votre première passion ?
Oui c’est vrai que l’écriture m’a accompagnée depuis que je suis petit. Je crois que c’est mes parents qui m’ont donné le goût à ça, le goût des livres et de l’écriture. Vers 8-9 ans j’écrivais déjà des petits poèmes qui circulaient dans la famille puis un petit peu plus tard, j’ai commencé un peu tout mais jamais rien fini. Quand on est adolescent, on commence une pièce de théâtre, on commence plein de trucs mais c’était juste que je cherchais pour moi le bon vecteur pour faire passer ce que j’aime le plus, c’est-à-dire l’écriture. J’ai effectivement essayé d’écrire un roman, je suis allé jusqu’au bout, mais heureusement il n’a pas été publié et puis petit à petit j’ai compris que les copains à qui je montrai tout ça préféraient mes chansons à ma prose ou ce que je pouvais tester de différent. Donc petit à petit je suis allé naturellement vers la chanson par l’écriture parce que c’est ce que je voulais faire depuis longtemps.

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