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Thomas Fersen

Par Pierre Derensy

Sorti de son Pavillon des fous, Thomas Fersen n’aime pas répondre aux questions des journalistes. Ne vous attendez pas à trouver des saillies sur sa façon de voir son métier, des répliques foisonnantes sur son dernier album studio ou sa prochaine tournée… Tout chez lui est dans le non dit, dans le silence. Trop préoccupé par ses multiples casquettes (auteur-compositeur-réalisateur) qui le monopolise de plus en plus, il a quand même trouvé un petit moment pour lancer des mots, des bribes de phrases qu’il faut prendre pour or blanc par cet avare de phrases toutes faites en promotion d’un disque.

Je sais que vous aimez bien les chapeaux, pour Freud cela correspond, en résumant, à un espoir de devenir célèbre et au désir féminin ?
[Thomas Fersen] Comment vous avez trouvé ça ??? C’est merveilleux…. Cela me va pas mal.

Selon lui encore, un chapeau est significatif de quelqu’un qui souhaite appartenir à une société, dans quelle société vous sentez vous le mieux ?
Le chapeau est très porteur d’une signification sociale. (Il réfléchit) Pour ma part j’aimerais appartenir à la société des femmes !

Votre Pavillon des fous est très inquiétant, voire sordide mais en même temps de nos jours, cette folie ordinaire que vous racontez n’a plus sa place, elle est cachée, vouée à disparaître. Par vos chansons, rendez-vous hommage à ces gens ?
J’essaye de leur faire prendre un peu l’air, à tous ces gens, ils sont un peu confinés dans mon cerveau.

Est ce que c’est les réminiscences de votre jeunesse dans le XXème qui vous ont fait aimer ces personnages décalés ?
Effectivement, autour de nous il y avait des personnages de cet acabit. Tout du moins nous imaginions qu’ils étaient de cet acabit. Certains individus étaient effrayants et faisaient peur à mes soeurs. Ils suscitaient chez moi, des productions imaginatives qui m’ont suivies jusqu’à aujourd’hui.

Votre passion pour Jean Genet vous fait-elle chanter toutes ces micro-sociétés qui pullulent dans votre disque ?
Ma passion s’est un petit peu amoindrie, disons que j’aimais beaucoup ses livres dans le début des années 90. Cette façon de raconter la société des garçons, des prisons…

Votre goût pour la langue classique et le texte soigné vient-il entre autres de lui ?
Entre autres. Je l’avais déjà. Disons que je l’ai reconnu chez lui. C’est la raison qui m’a poussé dans ses livres, c’est plutôt dans ce sens-là qu’il faut aller.

Vous disiez à une époque que la musique n’était là que pour servir le texte. Avez-vous changé votre fusil d’épaule ?
Ce que je dis surtout, c’est qu’il y a une musicalité dans la langue française et qu’il faut savoir l’entendre. On ne peut pas imposer une musique à un texte.

Vous continuez le rythme d’un album tous les deux ans, est-ce que c’est pour entretenir la machine et la laisser sous tension que vous ne vous accordez pas trop de break ?
C’est à dire que j’éprouve toujours la nécessité d’écrire et comme du coup j’écris toujours à un certain rythme, je me retrouve effectivement à faire un disque tous les deux ans.

En pastichant Orange mécanique sur la pochette, vous faisiez acte de fan ?
Le pastiche est accidentel, contrairement à la volonté de l’album précédent ou Mondino avait vraiment l’intention de rendre hommage à Marco Ferreri et à la Grande bouffe, là c’est vraiment un hasard, c’est la combinaison des chapeaux que j’ai amenée. Ce n’est pas voulu mais tout à fait honorable.

Est-ce que l’album découle d’une idée de départ ou est-ce que vous attendez d’avoir votre quota de chansons pour lui trouver un thème ?
Le pavillon des fous m’a rattrapé quelque part en route. Disons que la thématique se dessine au gré des chansons.

Musicalement il est encore plus concentré sur la guitare-basse-batterie que ne l’était Pièce montée ?
C’est une volonté tout à fait déterminée du reste. Je suis toujours dans cette démarche pour l’avenir. Je voulais simplifier l’instrumentation de scène pour pouvoir proposer autre chose.

Hyacinthe, le personnage qui ouvre votre disque, c’est le Monsieur de 4 qui a trouvé un prénom ?
Pas tout à fait, car Monsieur n’avait pas des grosses mains d’étrangleur, il avait l’air de rien. Alors que Hyacinthe a l’air de tout, mais il ne fait rien. C’est surtout dans l’imagination du narrateur qu’il devient un tueur.

Tous vos personnages féminins sont représentés comme des sortes d’ogresses, avez-vous eu toujours peur du sexe faible ?
(rire) Enormément. Je crois aux ogres et donc aux femmes.

Vous réalisez vous-même votre album, vous faites les paroles, les musiques et les arrangements, n’est ce pas parfois trop lourd à porter ?
Je commence à m’habituer au paquet (rire) mais effectivement c’est beaucoup de travail… À mon sens, c’est devenu indispensable. Pendant 3 albums et demi je ne touchais pas aux arrangements et à la réalisation, mais je pense que j’avais besoin de tout faire pour préciser mon travail. Je crois que j’ai eu raison, en tout cas beaucoup de gens sont venus vers mon univers au moment de ce quatrième album.

Sur une des photos à l’intérieur du livret, on peut imaginer ce qu’était Thomas Fersen dans sa période punk ?
J’ai toujours été comme ça ! Ça ne se voyait pas trop extérieurement, mais dans mon coeur cela bondissait toujours.

Est-ce là aussi, à la fin de votre tentation de faire du rock exalté que vous avez commencé à aimer la chanson française ?
J’ai commencé à aimer la chanson française quand j’ai commencé à en faire et surtout lorsque j’ai commencé à lire.

Les fous ne sont-ils pas plus présents et en liberté dans l’univers musical que dans votre disque ?
Bien sûr ! c’est un métier qui rend dingue !

Comment fait-on pour se protéger ?
On fait ce qu’on peut !

Votre déséquilibre, vous l’accompagnez sur Maudie de la plus belle des déraisonnables, c’est-à-dire avec Catherine Ringer. Comment s’est passée la rencontre ?
Catherine n’est pas dingue, par sa voix, elle est capable d’exprimer la démesure. Une rencontre très courte mais très impressionnante.

Etes-vous encore parti chiner pour trouver votre décor à votre prochaine tournée ?
Le décor est déjà bien installé… Disons qu’il y aura encore quelques chapeaux… Mais c’est tout, je ne dirai rien de plus.

À l’heure actuelle, on revient beaucoup vers des concerts artiste au piano, seul face au public, avez-vous pensé retourner à vos premières amours ?
C’est-à-dire que je n’ai pas du tout eu envie, par exemple pour cette tournée, de faire un tour de chant avec mes plus belles chansons, disons avec le florilège de mes chansons les plus connues. J’avais surtout envie d’emporter avec moi le Pavillon des fous et d’y convier les fous de mes albums précédents. Je ne tenais pas à faire un récital.

On vous a souvent qualifié de flegmatique cela vous énerve-t-il ?
Non… Là par exemple, je suis allongé sur mon lit.

En nordiste que je suis, êtes-vous capable de chanter Mon p’tit Quinquin comme vous l’évoquez dans votre chanson Cosmos ?
Ma bonne amie est elle même du Nord et elle me reprend sur l’accent, donc je ne peux pas la chanter, mais j’aime beaucoup les berceuses et en l’occurrence celle-ci.

Gainsbourg disait de son chien que par mimétisme, quand lui buvait, son chien se retrouvait avec une cirrhose du foie. Le chien Zaza de votre album sent très fort alors que fait Thomas Fersen ?
Rien ! Ce n’est pas mon vrai chien. Il vient parfois dormir sur mon lit, mais il ne m’appartient pas, il faudrait demander à son propriétaire.

* Publié avec l'aimable autorisation de Nouvelle Vague

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